Comment le digital a transformé les identités visuelles des marques ?
Au-delà de la simplification imposée par les contraintes des écrans, le digital a profondément transformé les identités visuelles des marques en systèmes graphiques modulaires, animés et intimement liés à l'expérience utilisateur.
- Auteur : Pascual Lallemand
- Date :
- 8 min de lecture
Le digital n’a pas inventé les identités flexibles. Une marque a toujours dû adapter son univers à différents supports, de l’affiche au packaging en passant par la signalétique. En revanche, les écrans ont introduit de nouvelles contraintes et surtout de nouvelles possibilités qui ont directement influencé la manière de concevoir une identité visuelle.
Des identités conçues pour l’écran
Le premier changement est très concret : une identité doit fonctionner dans des espaces parfois minuscules.
Un logo pensé pour une façade ou une couverture peut perdre toute sa lisibilité lorsqu’il devient une favicon, une photo de profil ou l’icône d’une application. Les marques ont donc développé davantage de versions de leurs signes : logo complet, symbole seul, monogramme ou variante simplifiée.
Les typographies ont elles aussi dû s’adapter. Lisibilité sur mobile, tailles variables, contrastes, interfaces ou temps de chargement font désormais partie des contraintes de conception.
La couleur pose les mêmes questions. Un univers graphique doit fonctionner sur différents écrans, parfois en mode clair et sombre, et cohabiter avec des interfaces dont la marque ne maîtrise pas toujours l’environnement.
Ces contraintes ont participé à la simplification de nombreux systèmes graphiques, mais elles ne conduisent pas nécessairement à des identités plus pauvres. Elles imposent surtout de réfléchir à la manière dont chaque élément résiste au changement d’échelle et de contexte.
L’un de mes cas préférés est celui de PlazaVea, une enseigne péruvienne qui a adapté son site e-commerce aux régions où la connexion Internet est très faible. Le principe ? Réduire drastiquement le poids des images et du site pour permettre aux habitants de faire leurs courses en ligne, même en 2G. Mais plutôt que de se contenter d’images dégradées, l’enseigne a fait de cette contrainte un véritable parti pris graphique, en retravaillant les visuels des produits en pixel art. La contrainte technique devient alors une opportunité créative.
Le mouvement entre dans le système de marque
Le numérique a aussi donné plus de place au mouvement dans les identités visuelles.
Un logo peut apparaître, se transformer ou réagir. Une typographie peut devenir animée. Des formes graphiques peuvent évoluer selon le contenu, l’utilisateur ou les données affichées.
Le motion design est ainsi devenu une composante à part entière de certaines identités. Il ne s’agit plus seulement de définir une forme, mais aussi une manière d’apparaître, de disparaître, de se déplacer ou de réagir.
Le mouvement, l’interaction ou la manière dont un élément réagit à l’écran font désormais partie du vocabulaire de certaines identités, au même titre qu’une couleur, une typographie ou un symbole.
Le digital a aussi rapproché branding et expérience utilisateur.
Sur un site ou une application, l’identité ne se limite pas au logo placé dans un coin de l’écran. Elle se retrouve dans les boutons, les icônes, les espacements, les animations, les illustrations ou la manière dont une information est présentée.
C’est notamment ce qui explique le développement des design systems. Ils définissent des composants et des règles communes permettant de maintenir une cohérence entre les différentes interfaces d’une marque.
Dans une interface, l’identité passe aussi par l’expérience : la manière dont on navigue, dont les informations s’organisent et dont les éléments réagissent participe à la perception de la marque.
Les réseaux sociaux ont industrialisé la production graphique
Autre changement majeur : la quantité de contenus.
Une marque ne produit plus seulement quelques campagnes dans l’année. Elle peut devoir décliner son identité quotidiennement dans des stories, des reels, des carrousels, des publicités, des vidéos ou des publications LinkedIn.
Une identité trop dépendante de quelques compositions précises devient rapidement difficile à utiliser.
Les systèmes graphiques doivent donc permettre de produire beaucoup de variations sans repartir de zéro à chaque publication. Grilles, templates, principes typographiques, jeux de formes ou systèmes d’illustration deviennent autant d’outils permettant de conserver une cohérence tout en renouvelant les contenus.
Le digital a ainsi renforcé une conception plus modulaire de l’identité visuelle.
Le digital n’a pas seulement simplifié le design
Les contraintes de lisibilité et de petits formats ont favorisé des signes plus simples, mais le numérique a aussi ouvert la voie à des identités animées, interactives, variables ou génératives.
Certaines composantes se sont donc simplifiées tandis que le système de marque, lui, s’est enrichi de nouvelles possibilités, préparant techniquement le terrain à une nouvelle approche visuelle tournée vers l'esthétisation du réel : de « qui suis-je ? » à « est-ce vrai ?»
→ À lire ensuite : IA générative : comment les marques peuvent encore prouver leur authenticité ?
Foire Aux Questions (FAQ)
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Comment le digital a-t-il fait évoluer les identités visuelles des marques ?
Le digital a obligé les identités visuelles à fonctionner sur davantage de formats, de tailles d’écran et de points de contact. Logos, typographies, couleurs et éléments graphiques doivent aujourd’hui rester reconnaissables aussi bien sur un site web que dans une application, une favicon ou une publication sur les réseaux sociaux. Les recommandations du W3C rappellent notamment l’importance d’adapter les interfaces aux différentes tailles d’écran et de garantir la lisibilité des contenus. W3C
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Pourquoi les identités visuelles sont-elles devenues plus modulaires ?
Parce qu’une marque doit produire beaucoup plus de contenus qu’auparavant et les adapter rapidement à de nombreux usages. Plutôt que de définir quelques compositions figées, les identités contemporaines s’appuient davantage sur des systèmes : plusieurs versions du logo, grilles, composants, règles typographiques, templates ou principes d’animation. Cette logique permet de multiplier les déclinaisons tout en conservant une cohérence visuelle.
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Quel est le rôle d’un design system dans l’identité d’une marque ?
Un design system traduit une partie de l’identité de marque en règles et composants utilisables dans les interfaces numériques : typographies, couleurs, boutons, icônes, espacements, états interactifs ou principes d’accessibilité. Il permet ainsi de conserver une expérience cohérente entre plusieurs pages, produits ou applications. Il doit également intégrer des contraintes fonctionnelles comme la lisibilité et les contrastes : les WCAG prévoient par exemple un contraste minimal de 4,5:1 pour la plupart des textes, hors exceptions comme les logotypes. W3C